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Vendredi 30 juillet 2010
Mansonniens ou Maisonnais ?


Le nom de notre commune apparaît pour la première fois dans un inventaire des biens de l'abbaye de Saint-Germain des Prés dressé vers 820 par l'abbé Irminon. Elle s'appelait alors mansions, pluriel du mot latin mansio, qui a donné Maisons. L'évolution fut assez rapide puisque, dans une charte rédigée entre 1060 et 1066, Geoffroy 1er, seigneur de Maisons, dispensa une abbaye de payer le péage "in portu qui maisuns vocatur", « dans le port appelé Maisons ». Plus tard on dira Maisons-sur-Seine ou Maisons-Poissy, pour éviter les confusions avec Maisons-Alfort.

Les habitants des deux communes s'appelaient couramment des Maisonnais. Lorsque Pierre Carpentier créa en 1948 le Cercle Artistique et de Variétés, il l'appela Jeunesse Maisonnaise. La société locale de pêche s'appelait l'Ablette Maisonnaise. Le mot était d'usage courant lorsque je m'installai à Maisons en 1948, mais, si les gens de Maisons-Alfort s'appellent toujours des Maisonnais, comment sommes- nous devenus des Mansonniens ?

Par fidélité à l'étymologie latine, ne devrait-on pas dire Mansioniens ?

Telle était l'opinion de Léon Galichet qui publia en 1893 une histoire de Maisons-Laffitte. Après quelques considérations linguistiques discutables, il conclut : « Je me permettrais donc d'enseigner aux habitants de Maisons, s'ils l'ignorent, qu'ils s'appellent : les Mansioniens ».

Le professeur n'a pas eu beaucoup d'élèves. Toutefois, on retrouve le mot « Mansionien » dans une brochure sur Maisons publiée en 1912 par Boisserie de Marmontet. Cette brochure tomba entre les mains d'un agent immobilier, toujours en activité. Le mot lui a plu. « Je l'utilisais avec mes clients , nous a-t-il dit. J'y avais gagné un jeune docteur de mes amis, le Dr Pierre Duprès, vers les années 50, avant qu'il entre à la Mairie ». Effectivement, j'ai découvert ce nom nouveau lorsque je devins en 1965 l'un des adjoints du Docteur Duprès.

Entre temps la paresse linguistique avait joué son rôle simplificateur habituel. Difficile à prononcer, un i a disparu et Mansionien est devenu Mansonnien.

Le Larousse en trois volumes autorise à la fois Mansonnien et Maisonnais, le Robert également. C'est, me semble-t-il, la sagesse. II m'arrive d'utiliser indifféremment les deux mots. On pourrait garder mansonnien dans les circonstances nobles et maisonnais dans la vie courante.

Pierre DHERS
Maisons-Laffitte Magazine n°1-juin 1989

 
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